Son premier livre
Son premier livre "The somnanbulist " diffusé en 1970 lui apporte la notoriété ce qui lui permet d'abandonner la photo commerciale, travailler sur ses propres projets artistiques et éditer de nombreux livres avec sa maison d'édition : Lustrum Press.

Son style
Ralph Gibson est un maître de l'effet dramatique surréaliste et de l'abstraction.
Ses photographies à fort contraste noir et blanc représentent souvent des éléments géométriques ou des gros plans sur des parties du corps (utilisation courante des mains notamment qui ont un pouvoir important de suggestion).

Ses écrits sur l'art et le processus créatif en photographie méritent que l'on s'y attarde
"Cela fait des années que j'étudie le processus créatif de mon travail pour essayer de l'améliorer.
Cela m'a conduit à éliminer sans pitié un grand nombre d'obstacles conventionnels que la vie met en travers de la créativité.
Si un mouvement ou une situation ne fonctionnait pas dans mon travail, c'est qu'ils étaient, par défaut, mauvais en soi.
Grâce à ce raisonnement simpliste, je suis passé vers une forme d'abstraction que je continue aujourd'hui à chercher dans mes photos.
J'élimine du champs de vision tout ce qui serait superflu par rapport au contenu que je désire obtenir.
Le Brésil, l'Egypte, la sémiologie : chaque culture développe sa propre sémiologie particulière, son propre système de signes et de glyphes.
Je cherche et trouve ces indications de différentes manières. Cela peut-être la langue, la musique, ou des stimuli entièrement visuels qui me montrent la voie. Un socio-anthropologue entrainé pourrait atteindre de façon plus directe les racines d'une société spécifique.

Le fait que je m'intéresse à la formalisation de la culture sous une forme purement visuelle implique qu'en tant que photographe, je dois observer et m'efforcer de trouver les signes primordiaux et les plus caractéristiques de l'endroit.
Cela m'aide à dégager une impression d'ensemble, à trouver un point de départ dans le pays. Les images du Brésil tendent à converger car la couleur leur sert de marque d'identité.
Ces signes tombent dans une catégorie culturelle unique. La palette de cette société est née de la musique, de l'environnement et du plaisir. La couleur prévaut sur tous les thèmes.
Mes travaux sur l'Egypte contiennent tous la forme pointue des feuilles de palmier, qui a inspiré celle des outils, des lettres et autres objets de sémiologie locale.

Je m'aperçois que ces artefacts habitent ma photographie à la façon d'une grammaire, en indiquant comment et où regarder. "
Source : Réfractions - pensée sur l'art et la photographie, R. Gibson.
« Avant d'apprécier une image, le lecteur a besoin de comprendre ce qu'il voit ainsi que la démarche de l'auteur. Heureusement le lecteur réagit à plusieurs niveaux de stimuli. Par exemple l'abstraction a toujours joué un rôle important dans l'expression artistique des arts plastiques et commence à être accepté en photographie.
Il n'y a rien de neuf à propos de l'abstraction en peinture pourtant le public respecte plus la peinture que la photographie qui parfois est pressenti comme un art mineur et éphémère... vous regardez une photographie puis vous tournez la page. R. Gibson.
Extrait de The Somnanbulist

"Te voilà en présence d'une suite onirique où tout est vrai, peut-être encore plus vrai que dans la réalité. En dormant, un rêveur se retrouve ailleur sur la planète et se scinde en au moins deux êtres...
La photographie devenait l'instrument de mon introspection. Rien à faire !
L'appareil me conduisait dans d'autres dimensions, il me lançait dans l'expression de sentiments complètement neufs, mes clichés prenaient une tournure résolument surréaliste. Je n'en comprenais pas le sens mais je continuais dans cette voie. J'ai fini par me rendre compte que j'avais photographié un état de rêve. L'heure était venu d'en faire un livre. ...".
Extrait de la série Infanta

"Chez une femme, la beauté réside dans un champ énergétique chargé de particules lumineuses.
C'est presque comme si la lumière elle-même constituait le sujet, et la femme sa source irradiante. Les lignes d'une forme féminine reflètent toutes les situations lumineuses possibles, de sorte qu'une photographie de nu réussie finit par désigner simplement un évènement de la lumière en soi...".
Extrait de Chiaroscuro

"La photographie de rue est toujours à l'affut, et c'est ce qui lui permet de créer une image qui trouve dans la réalité une source de vérité accrue... Mes intérêts ont changé : j'ai abandonné depuis longtemps la volonté de saisir les crises du drame humain et, à la place, je me suis orienté vers des images qui ménagent le moins de place possible à des thèmes extérieurs.

"Un livre dévoile mes réflexions au sujet de mes photographies
et du contexte dans lequel elles sont destinées à être vues. C'est là une distinction importante.
Dans un livre, je peux avoir I'entière responsabilité du contexte des travaux.
Le livre informe I'observateur du contexte dans lequel les images doivent être vues.
Alors que le spectateur, dans une exposition de photographies, est libre de se promener à sa guise dans la galerie, un lecteur tient le livre à une certaine distance spécifique de ses yeux, et il est généralement assis dans un fauteuil bien éclairé qu'il préfère.
Cette distance du regard est presque toujours la même d'une personne à I'autre. L'ensemble des images excède la somme des parties. Les livres peuvent parler de tout, mais lorsqu'il est réussi, un livre est une chaîne ininterrompue de bonnes décisions".
Si vous aimez ses photographies vous aimerez probablement sa musique :
"I am simply only as good as my next photograph. That's the one that counts the most..." Ralph Gibson.
http://bermangraphics.com/press/ralphgibson.htm



