Au début de la Photographie en Roumanie

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La Photographie en Roumanie : une relation étroite avec la France

 

 

La reconnaissance officielle de l’invention de la photographie date du 7 janvier 1839, lors de la communication par le savant Arago auprès de l’Académie des Sciences de Paris.

L’engouement fut tel pour la daguerréotypie (1) mis au point par Niepce et Daguerre que le procédé se répandit aussitôt dans le monde entier.

La Roumanie, grâce à ses citoyens cultivés et ouverts sur les nouveautés, ne pouvait que fournir un terreau propice à la technique nouvelle et son art.

Dans cette courte présentation, nous allons nous intéresser aux premières 20 années de cette invention, époque dite primitive.

Une invention est souvent dans « l’air du temps », due aux communications et échanges divers qui peuvent exister entre les pays et les gens.

Déjà, ne dit-on pas qu’un pharmacien de Bucarest aurait perdu la vie en s’intoxiquant en faisant des recherches sur le brome ?

Bolyai Farcas, père du mathématicien, à Cluj aurait écrit avoir fixé une image, quelques mois avant la communication d’Arago ?

 

Daguerrotypes, calotypes, ouverture des premiers Studios Photo

Le 16. 02. 1939, le procédé Daguerre est commenté à Iasi dans le journal Albina Romanesca .« Prin minunata aflare a faimosului Dagher »

 

Toujours dans la ville de Iasi, l’Académie Mihaileana ouvre un cabinet avec des instruments de physique et de mathématiques achetés à Paris. Parmi eux, un appareil de daguerréotypie. Jusqu’à ce jour, aucune trace de réalisation avec cet appareil n’a été découverte.

Dès 1840, au collège St Sava de Bucarest, on pratiquera la daguerréotypie avec du matériel Pierson apporté directement de Paris par Petrache Poenaru. (L’inventeur du stylo avec réservoir).

Un personnage important, ayant permis la divulgation de ces  premières techniques, sera le peintre Carol Popp de Szatmary (Lire : le premier photographe de guerre sur studio-plus) qui en aura pris connaissance lors de ses voyages en France et le maniement avec l’appareil apporte de Poenaru .

Homme universel, voyageur émérite, il pratiquera aussi la calotypie (2) inventé par l’anglais Talbot en 1840.

La première calotypie roumaine datant de 1844 par de Szatmary est conservée à la bibliothèque de l’académie.


Les calotypies exécutées en 1852 par Costache Sturdza, le premier amateur connu en Roumanie sont- elles à la même bibliothèque ?

Le premier studio en France sera ouvert en 1840 à Lyon par le graveur médailleur Philippe-Fortuné Durand ,même année par Wolcott and Johnson à New -York.

En Grande Bretagne, le premier studio sera ouvert en 1841. A Iasi (Moldavie), en 1842 et à Cluj(Transylvanie) en 1843,, Ferenc Veress ouvrira les premiers studios.

De nombreux peintres laisseront alors leurs chevalets pour pratiquer cette science du portrait rapide et moins onéreux.

Baudelaire en 1860 écrivait : « La société immonde, se rua comme un seul Narcisse pour contempler sa triviale image sur le métal »                   

 

Daguerréotype daté de 1843 d’un personnage important de la ville de Sebes-Alba

 

La photographie reconnue comme Art

Si la photographie devra attendre 1862 pour être reconnue comme art à part entière à Paris et le 9 décembre 1864 à Bucarest par decret, de A.I.Cusa et le ministre de la justice Kretzulescu,  les 2 décennies écoulées auront vu la multiplication de studios, dans toutes les villes d’importance du pays, souvent amenés à vivre du commerce des portraits de la bourgeoisie locale ou des personnages illustres comme ceux conservés dans un album daté de 1862 au musée Bruckenthal de Sibiu.

Photographie anonyme de Jacob Hausenblass, date estimée avant 1860.


 

Quelques français s’établirent dans ces contrées comme photographes.

En absence d’un travail de recherche, nous ne pouvons mentionner que quelques studios au hasard de journaux et différends documents :

  • Léon, en 1854, ouvre à l’Hôtel de France de Bucarest La galerie vitrée. « Atelier de portraits photogéniques perfectionnés d’après les nouvelles découvertes faites à Paris »
  • Jean Marie, actif de 1866 à 1878, ouvrira son premier studio Strada Stirbey Voda à Bucarest sous le nom de Photographie Parisienne. Bien que ses photographies soient reconnues de qualité, il se mutera dans un autre lieu sous le nom de photographie italienne. La concurrence acerbe lui sera fatale.

 

Remarquons sur le dos de la Cv, les mentions Londres, Paris et Rennes !

Selon les noms à consonance française, on peut citer d’autres noms mais une recherche dans les journaux locaux serait bien utile !

  • Louis. Bucarest
  • E.Carré / Carrez .Photographie artistique française. Galati. Ce français en 1855 aurait apporté l’écriture avec la lumière  selon Constantin Savulescu
  • Anatole Magrin .Photographe. Constanta. Neveu de Carré
  • Frederic Dame, publiciste et historien roumain d’origine française publie Bucarest en 1906, illustré de la plupart de ses photographie
  • Berthier à Craoiva

   



A.I.Cuza, le premier souverain des principautés de Valachie et Moldavie sera immortalisé par le fameux Nadar de Paris. Aux cotés de Baudelaire, Dumas, Alexandre II de Russie etc…

 

Photographes ambulants, ferroyype, tirage à l'albumine...

Une population plus éloignée de centres économiques ou culturels sera aussi visitée par des photographes ambulants, utilisant comme studio, de simples décors en toile dressés bien souvent à coté de La Charrette-Laboratoire et, le ferrotype (3) inventé par le français Martin en 1853.

Ces photographes ambulants viendront principalement de l’empire austro-hongrois.

Ferrotypes de paysans et bourgeois transylvains

 

 

Mais déjà, suite aux améliorations des tirages papier à partir du négatif verre au collodion humide par l‘anglais Archer et le tirage à l’albumine sur papier inventé par le français Blanquard-Evrard en 1851.

Le photographe roumain sortira de son studio avec un lourd matériel composé de la chambre photographique et de ses plaques de verre pour aller aussi photographier les paysages, les rues des villages environnants et leurs habitants tels Fritsch de Brasow, Glatz de Sibiu ou Ludwig Angerer, pharmacien dans l’armée autrichienne immortalisant  Bucarest en 1856.

La photographie ethnographique est née, faisant de nombreux adeptes.

Sans être professionnel de la photographie, certains rapporteront des images de leurs lointains voyages comme il en est du voyageur, diplomate et commerçant Franz Binder aux sources du Nil et à Karthoum.

Quid de Szabo Ivan (Targu-Mures ?), membre de la Photographic Society of Scotland, qui pratique le collodion dans son studio d’Edimbourg en 1857-1858 tirant le portrait du grand peintre/photographe D.O.Hill

 

Des photographes roumains médaillés

En compulsant quelques archives de ces deux premières décennies, nous nous apercevrons que les photographes roumains glaneront des récompenses lors des premières « confrontations » internationales.

Carol Popp de Szatmary sera médaille d’or lors de la première exposition internationale de Paris de 1855.

Son album (200 images) réalisé dès les prémisses de la guerre de Crimée en 1855 sera encensé part toutes les cours européennes.

Il est reconnu aujourd’hui comme étant le premier reporter de guerre au monde.

L’étude des dos de cartes de visite (4) inventées par le francais Disderi en 1854) conservées dans des albums familiaux, nous montre que des Dusckek, Prinz, Schivert,Leon, Glatz, Mandy et tant d’autres seront au niveau de Carjat et Nadar de Paris, Garreau du Chili, Bergamasco de St Petersbourg, Zsekely de Vienne, Sommer de Naples.....

Les photographes roumains seront fiers de leurs médailles, et n’oublieront pas de reconnaître les apports de Niepce, Daguerre et Talbot.



Ellge Sibiu 2005-revu 20

 

Note personnelle : Cette causerie photographique vient aussi rappeler la position de la Roumanie dans la journée internationale de la francophonie du 20 mars. N’oublions pas le drapeau roumain créé sur le modèle du drapeau français !


Notes explicatives sur les procédés photographiques

(1)   Image unique formée sur une plaque d’argent ou de cuivre sensibilisée avec des vapeurs d’iode. Une fois exposée, elle était développée au moyen de vapeurs de mercure

(2)  Procédé de développement de l’image latente, base de la photographie moderne : le négatif/positif permettant le tirage illimité sur papier

(3)  Image positive unique sur plaque de fer-blanc laquée noire ou brune

(4)  La plaque photographique est divisée en 8, permettant de diminuer les coûts de production. La photographie représentant principalement un personnage est alors collée sur un carton, genre photo- passeport sur une idée de Dodero de Marseille ?

 

 

Biographie succinte :

 

  1. A concise history of Photography par H. Guersheim        
  2. Orsay, la photographie par F.Heilbrun.
  3. L’invention d’un regard- Réunion des Musées nationaux.1839-1918 par F.Cachin et Ph.Neagu.
  4. Cronologia ilustrata a fotografiei din Romania C.Savulescu 1985.
  5. Fényképézek es mutermek Erdélyben 1839-1916. Miklosi-Sikes Csaba.
  6. Catalogul portrelor sasilor transilvaneni 1936 Dr Julius Bielznceputurile fotografiei etnografice in Romania: Adrian-silvan Ionescu.
  7. Calatori si exploratori sibieni la inceputurile fotografiei D.Voina (C.N.M).ASTRA
  8. Cateva repere din historia fotografiei- J.Mesea -Muzeul Bruckenthal http://www.muzeuldefotografie.ro/2007/12/primii-fotografi-din-romania/
  9. Collection particulière Ellge

 

 

Dernière modification le Mardi, 17 Janvier 2012 15:39

commentaires  

 
+1 #1 Lucia 09-03-2011 21:31
Travail de chercheur, passion et compétence, amour pour la photographie et les arts - voilà ce qui caractérise l'auteur de cette étude, notre ami, grand ami des Roumains, qui nous fait un grand service, celui de montrer nos valeurs au monde. Merci, Louis.
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