
Qu’il ait été photographe pendant la guerre du Pacifique, qu’il ait été un fin observateur de la rue new-yorkaise ou parisienne, que ces livres aient été préfacés par Brassai ou Cavanna,
que ces allers-retours entre les USA et la France dès les années 1950 pour faire connaître mutuellement les œuvres des photographes de l’époque, que ses propres photographies soient recherchées par les collectionneurs dans les ventes internationales, tout serait écrit !

Alors, je rajouterai une anecdote qui s’est déroulée en 1999.
Venu avec son épouse Janet visiter la Bretagne, un dimanche matin gris et brumeux, il se retrouve à l’heure du petit noir au comptoir d’un bistrot ou seuls les locaux viennent partager un moment de convivialité, et échanger sur tous les sujets possibles.
Ce gaillard dynamique aux cheveux hirsutes, au visage buriné et aux yeux malicieux portant à l’épaule un Hasselblad ne peut que dénoter.
« Tu vas nous mitrailler comme en 14 » murmure un attablé, doyen du groupe.
Et voila, la séance est ouverte.
Et que je te tire le portrait à tout ce beau monde, de la jeune tenancière, contente qu’une animation surprise retienne les clients s’il en est besoin, de l’ouvrier charpentier endimanché qui ne ressemble pas à ces hommes et femmes au travail que Louis Stettner aura immortalisé dans SUR LE TAS, de l’agriculteur qui a aussi un gîte rural ou passent des touristes anglais et qui écoute cet américain dont il peine à comprendre tant l’accent de Brooklyn est prenant, une partie de rigolade bien au chaud dans ce petit café sur la colline d’ou on peut voir le Mont st. Michel à plus de 40 km par beau temps.

Et là, Louis Stettner a le déclic : MICHEL !
Un des clients habitués, jusque là en retrait, s’avance avec un sourire lumineux vers l’objectif.
Les bras de Louis Stettner deviennent les ailes d’un moulin, le 6x6 se retrouve le miroir en bas et en biais, les cheveux ébouriffés du photographe forment comme un châle tiré par la courroie de l’appareil.
Il faut dire que le vent souffle dans la rue, au pied du mur du cimetière et que les allers-retours dans la chaleur du café ou quelques petits vins blancs rajoutent quelques degrés de sympathie… !
Une petite heure de pure joie photographique et chacun veut en être …..Et Michel. CLIC, le portait d’un homme heureux est imprimé sur la pellicule.
Il faut repartir vers Paris et revenir peut être rapporter la photo. Cet américain de Paris, c’est loin… ?
Les tirages 30x40 réalisés dans son laboratoire aménagé dans la courette de la maison de banlieue sont faits avec un professionnalisme acquis au temps de la Photo League, au temps ou Stieglitz, Paul Strand et Weege l’encouragent.
Il y passera des heures à faire ses tirages de collection lavés dans une eau courante comme il se doit, pour l’éternité de la conservation.
Dans la maison familiale, un classement par années et par thèmes dans des boites répertoriées pour les éditions de livres, catalogues et expositions internationales.
Quelques mois passent et nos habitants du village auront oubliés quand un rendez vous sera donné pour se revoir et Michel, le portrait de l’homme heureux passe de mains en mains entre les tables et ça recommence…

Les bras de Louis Stettner se posent sur les épaules du héros du jour, les mains se serrent et la sympathie prend encore quelques degrés !
Sous les yeux du journaliste du journal local qui en fera son papier du lundi.
Merci Louis et Janet pour cet instant de photographie, cet instant d’humanité.
L.Guermond Sibiu 2011
Je recommanderai pour connaitre ou revoir des clichés devenus icônes :
- Wisdom cries out in the streets isbn 2-08013-673-9
- Early Joys isbn 0-9618482-0-0 introduction par Brassai 1987
- Sous le ciel de paris Editions Parigramme/CPL 1994
- New York 1950-1960s Rizzoli international publications.Inc .1996




commentaires
Heureux surpris de voir mon travail presente avec profound appreciation et av un grand elegance en plus !
Louis Stettner
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