Jeudi, 21 Avril 2011 14:05

Monsieur Cercel, Paysan-Photographe

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Le journaliste Dumitru Chisalita qui sillonne la région de Sibiu pour le journal Tribuna me parle autour d’un pahar de vorba (jolie expression.. un verre de parole) d’un dénommé Cercel (prononcer tchertchel) qui, dans les années 1940, a été acteur et témoin de la vie du village de Sebesu de Jos avant la collectivisation forcée de 1948 à 1962.

Le personnage me semble intéressant.

Paysan photographe mais aussi sculpteur, peintre…..

Je m’enquiers un peu plus et découvre les photographies sur : www.flickr.com/photos/44524089@N00/sets/72157621274528422/
 
Il apparaît tout de suite qu’à l’instar de Sanders, qui a le projet de photographier tous les corps de métier et tous les habitants de sa région natale, notre paysan ne va photographier que ceux de son entourage à savoir principalement les paysans et les bergers, de son propre village, sans les approcher de très près, utilisant une image en plan d’ensemble avec un équipement rudimentaire.
 
Le tirage des épreuves sera fait par contact 6x9 chez un artisan photographe de la ville de Sibiu , à 20 km avec l’autobus .
 
               
Nous retrouvons donc :

  • Des laboureurs avec leurs chevaux
  • Une charrette avec ses boeufs, motif si cher au peintre Grigorescu
  • Un probable fils de berger avec l’âne qui sera chargé de ses deux sacs en toile contenant les provisions
  • Les retours des chèvres et des vaches au village en fin d’après midi conduites par des vachers, payés par les propriétaires des animaux pour être conduits dans les pâturages. 
Cette façon de procéder est toujours valable et par expérience, je peux vous dire que le retour des animaux vers l’étable ou la maison du propriétaire est un spectacle. (Pas bête la petite chèvre, n’est ce pas Mr Seguin ?)
 
Des femmes coupent le blé à la faucille où puisent de l’eau à la fontaine et lavent le linge à la rivière. La vie est rude. Les corps seront usés prématurément.
 
Nous voyons des scènes de repos en famille, des dames filant et tricotant devant l’entrée de la maison. Un paysan dans sa tenue de travail habituel se reposant ou des jeunes femmes ramassant des fleurs champêtres.
 
Quelques instants de répits dans la campagne, mais ce ne sont que des moments de plein air pour les citadins.
 
La vie est rigide puisque les enfants ne sont pas en train de s’amuser. Ou si peu, avec une flûte comme le papa berger ! 
 
 
 
La place du village est le lieu des rencontres du dimanche ou des enterrements.
 
Les porteurs du cercueil ont reçu, comme les membres de la famille, un signe distinctif à savoir une petite serviette qu’ils portent épinglés au veston.
 
Très peu de gens ont mis encore leurs beaux atours sans doute aux occasions plus festives. Là, on sortira des broderies, des jupes plissées mais le photographe ne nous montrent pas cela.
 
Le temps n’est pas venu encore de faire des fêtes « folkloriques » si prisées par les touristes actuels.
 
 
   
Le monde tzigane est entraperçu, des femmes dans leurs vêtements caractéristiques sont auprès de leur chariot, des itinérants donc, ou sont devant leur maigre masure, comme un début de sédentarisation.
 
Le problème social de cette communauté n’est pas encore d’actualité.
 
 
Le temps est bien à s’occuper seulement de la terre nourricière.
 
Et d’autres, comme Emil Cioran ou lucian Blaga écriront le rôle matriciel du village roumain.
 

Si j’avais à mettre ces photographies dans un ordre, comme dans une bande film, je m’approcherai par le pont à l’entré du village

Sa petite rue, irait sur la grande place autour de l’église et regarderai défiler tous ces gens  se connaissant entre eux dans leurs vêtements de tous les jours, pris par leurs occupations journalières pour ressortir par le rue du cimetière des héros des deux guerres mondiales, laissant le silence être entrecoupé par le son des flûtes, à quelques kilomètres à vol d’oiseau, au loin dans la montagne des Carpates.
 
 

Mr Bardoux, photographe autodidacte

Mr Gheorghe Cherchel me rappelle un autre paysan photographe, breton celui-là, que j’avais connu en 1980 ; Jean-Baptiste Bardoux de Saint Christophe des Bois ( 35 ) était aussi autodidacte, achètant ses produits contre remboursement postal auprès des magasins Le Chasseur Français !
 
Un personnage aussi ce monsieur Bardoux , apprenant tout seul la sténographie au service militaire, curieux de tout et bricoleur à ses heures au point d’installer ses plaques photographiques la nuit dans la rivière pour y être lavées dans de l’eau pure!
 
Avec ses mains usées par le travail des champs et ses doigts engourdis, il était passé à la camera pour aller enregistrer encore des mariages, les fêtes de village et les concours de labour.
 
Quelle partie de rigolade à vous entendre raconter vos ballades photographiques……et les plaques et tirages qui s’en vont portés au gré du courant dans le champs du voisin…… !
  
Notre  paysan photographe roumain, sans que rien ne le prédispose à avoir une affinité quelconque avec les arts, pratiquera aussi la caméra, la sculpture et la peinture, toujours témoin de la vie simple et heureuse dans son village où tout se fait lentement.
 
L’éternité est née à la campagne. Lucian Blaga.
 
La quarantaine de tirages originaux que détient la famille pourrait, sans rougir, entrer dans le fonds d’un musée des traditions populaires et vie rurale.
 
Contrairement à certains avis, je ne suis pas sur que ce monde décrit par le paysan photographe ait totalement disparu au moins pour ce qui concerne cette région européenne.
 
 
Monde disparu, en transition ou encore bien vivant ?   Le débat est ouvert !

Merci Mr Cherchel pour avoir été le témoin !

 

 

 
 

 
 

              Quelques photos 2005 collection Ellge
pour une éventuelle causerie photographique sur le thème du monde rural…..

 

 
Ellge. 2011          
Quelques références :

 

 

Dernière modification le Mardi, 17 Janvier 2012 15:33

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