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Josef Koudelka

“Pendant près de quinze ans, je ne n’ai jamais travaillé pour personne, jamais accepté de commandes, jamais photographié pour de l’argent. Je ne photographiais que pour moi-même, vivant avec le stricte minimum.
Je n’avais pas besoin de grand chose : un bon sac de couchage, quelques habits – une paire de chaussures, deux paires de chaussettes et un pantalon pour l’année : une veste et deux chemises que je gardais trois ans. Je n’avais pas d’appartement, je n’en avis pas besoin, je cherchais à ne rien posséder. Ce dont j’avais le plus besoin était de voyager pour photographier.
Je ne voulais pas avoir ce que les gens appellent “un foyer”, je ne voulais pas avoir envie de revenir quelque part. J’avais besoin de savoir que rien ne m’attendait nulle part, que l’endroit où j’étais supposé être était l’endroit où je me trouvais jusqu’au moment où il n’y avait plus rien à photographier. C’était le temps pour moi de partir. Je savais qu’il me fallait peu de chose pour continuer à fonctionner ainsi – un peu de nourriture, une bonne nuit de sommeil. J’appris à dormir partout, en toutes circonstances…

Josef Koudelka : un homme libre au talent d’exception

Josef Koudelka, qui restera à jamais le photographe des Gitans et du Printemps de Prague, voit le jour le 10 janvier 1938 à Boskovice en Moravie (Tchécoslovaquie).

Des images racontant sa singularité et les multiples liens tissés au fil de son existence.

Son premier appareil photo

En gagnant l’argent récolté en vendant des fraises sauvages, Josef Koudelka, à douze ans, fait l’acquisition d’un 6×6 double objectif en bakélite.
Auprès de son père, il apprend à développer les planches contacts. Jeune élève de l’école Polythechnique de Prague, la photographie exerce une fascination profonde sur le jeune homme.
En 1961 il expose ses premières images à Prague sur le thème « Le public », il sera remarqué par Anna Farova :  « Un inconnu, qui en tant que photographe, présentait une force d’expression inhabituelle, une vision originale proche du graphisme moderne avec une inventivité et une fraîcheur inhabituelles dans la forme ».
Au début des années 1960, il s’intéresse à la population tziganes ; un peuple qui le séduit, le fascine et le hante.

Ses mots

 «  Seul. Seul contre tous. L’homme honni du village. Le gitan, le sale, le voleur, le criminel. Les mains liées, le regard immobile, le cœur nomade. Il voudrait vivre. Fuir, échapper à une règle qu’il n’approuve pas. Celle du gadjo. Qui lui dicte ses pas. Le village s’est réuni, les yeux accusateurs. Même les chiens, sur le qui-vive, guettent cet étranger pas désiré. Où sont les siens ? Les robes de ses sœurs, les chants de ses grands-parents, les cris de ses enfants, les couleurs de sa famille…L’heure n’est pas à la couleur. Il ne dit rien. Attends son jugement. Seul contre tous. »
« Maintenant, j’entends dire que tout le monde est photographe. Moi je pense que tout le monde sait appuyer sur un bouton. (…) Mais pour moi le photographe c’est quelqu’un qui a vraiment quelque chose à dire, et il le dit à travers des photos, à travers ce qu’il fait. »

Chaque rencontre est intense et ses images en témoigent

Le cadrage est précis, les portraits réalisés, ne sont jamais neutres mais semblent dialoguer intensément avec le regard.
En 1967, il abandonne définitivement sa carrière d’ingénieur aéronautique.
Durant l’été 1968, quand les chars russes envahissent la Tchécoslovaquie, la violence de la répression miliaire l’atteindra profondément, il photographiera ce qu’il voit tout simplement.
En 1969 il rentre à Magnum Photo et décide de voyager librement. Le choix de l’exil est un choix dur et radical, pendant de longues années il mènera une excistance sans racines ni attaches, avec pour seul lien stable, son appartenance avec l’agence Magnum…

Sac au dos, il voyagera d’un pays à l’autre avec la photographie comme seule compagne

Il sillonnera l’Europe de l’Est, l’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne et la France pour rendre compte des différents rituels de cette communauté et de sa vie au quotidien : naissance, mariage, funérailles…

Ses images constituent une sorte de carnet de route, journal intime révélant les grands moments de sa vie d’errant prix à payer pour la liberté : un parcours où seule l’inflexible volonté de l’auteur donnera sens à ce parcours.

Après vingt ans d’exil, Il retourne en Tchécoslovaquie en 1990 et ses photos de 1968 sont enfin publiées à Prague.

Depuis 1986, il travaille avec un appareil panoramique et a publié une compilation de ces photos dans son livre Chaos en 1999. Plus d’une douzaine de livres montre ses travaux.

Joseph Koudelka a reçu des prix importants tels que :

  • Prix Nadar (1978)
  • Grand Prix National de la Photographie (1989)
  • Grand Prix de Cartier-Bresson (1991)
  • Hasselblad Foundation International Award (1992)

 

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