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L’Art photographique sous l’ère numérique

Pour vous est ce que la photographie numérique, qui tend vers une esthétique parfaite, à une place légitime dans le marché de l’art ?

Je ne sais pas si la photographie numérique tend vers une esthétique parfaite ! Comme disait Man Ray “les trucages d’aujourd’hui sont les réalités de demain”.

Bien sûr toute création, qui intéresse le public, peut mériter une place dans le marché de l’art. De nombreux artistes photographes actuels sont plutôt des plasticiens qui savent parfaitement utiliser les logiciels d’images pour leur création.

Il est clair que la photographie numérique est petit à petit “absorbée” par les autres arts plastiques.  C’est un peu dommage car après 1827 (date de la première photographie officielle par Nicéphore Niépce), le médium photographique a évolué durant les 100 années qui ont suivi pour finalement se faire reconnaître comme un Art à part entière.

www.stefan-gilbert.com

Aujourd’hui  de nombreuses applications existent à propos de la photographie que ce soit pour les retouches ou la publication. Il est même possible de se faire payer pour des photographies postées sur instagram. Pensez-vous que cela mette en danger le métier de photographe ?

La révolution numérique ne profite pas à tout le monde ! Comme dans toute révolution technologique il y a des perdants et des  gagnants !

Le métier de photographe, qui était un métier de spécialiste, s’est démocratisé pour atteinte un large public qui peut profiter de la technologie numérique dans des domaines très variées. La photographie commerciale profite de ce gain de productivité. Comme toujours, quand apparait une nouvelle technologie soutenue par un marché dynamique, des opportunités se présentent avec des nouveaux métiers.

Les professionnels doivent maintenant compter avec  les amateurs “éclairés”  et un partage du marché avec de nombreux semi-professionnels. Je pense par exemple à des salariés d’entreprise au départ non photographes qui, grâce à la facilité du numérique, réalisent eux même leurs photographies publicitaires ou commerciales pour promouvoir leurs produits sur Internet notamment.

Dans le domaine de la photographie, de nombreux professionnels sont en difficulté ou ont pratiquement disparu je pense aux photographes de presse et aux reporters, aux artisans photographes portraitistes traditionnels ayant pignon sur rue, aux laboratoires argentique…

Un photographe professionnel qui veut réussir doit impérativement se démarquer en développant un style personnel ! Si vous vendez votre travail et que vous n’avez pas de style personnel vous déterminerez votre tarif à partir d’un prix “planché” du marché, le prix sera la seule différence entre votre travail et le travail des autres photographes…rien de bien motivant…

 

Aujourd’hui la frontière entre amateur et professionnel est très mince. Il est possible de trouver sur internet des tutos pour la retouche photo, des tutos pour les prises de vue avec APN  . A votre avis est ce qu’internet est un facteur dans le développement d’un amateurisme presque professionnel parfois ?

En effet Internet permet de s’informer, s’auto former, se cultiver, montrer son travail, le soumettre aux critiques d’autres photographes, participer à des concours photo prestigieux, vendre ses images, capter de nouveaux clients… Avec la photographie numérique la technique est devenue plus accessible mais c’est encore et toujours l’originalité du regard qui compte.

Ce qui manque souvent aux amateurs, qui ne se préoccupent que de matériel et de technique, c’est une vraie culture des arts plastiques.  Je crois en effet que l’étude de tous les Beaux-arts est nécessaire à tout photographe digne de ce nom.

Aujourd’hui des photographies atteignent des prix exorbitants lors de ventes aux enchères, par exemple 5 millions est le prix de la photographie la plus chère. Pensez-vous que la photographie est devenue aujourd’hui une question d’argent avant d’être une question de passion ?

Les prix exorbitants dont vous parlez concernent principalement les œuvres d’art contemporain qui sont utilisées à des fins spéculatives (peintures, sculpture, collages, photographies…). Certains auteurs ou certaines photographies, mêmes anciennes, n’échappent pas aux dictats d’une poignée d’experts ou galeristes qui imposent des modes, courants…et des prix.

Phantom par Peter Lik : photographie adjugée pour 6.5 million de $ le 9 décembre 2014. A noter que
des rumeurs courent depuis plusieurs années sur le fait que les acheteurs des œuvres de Lik élèveraient les prix
à un niveau absurde pour générer [artificiellement] de l’intérêt pour son travail, à la manière d’une opération marketing.

Heureusement la photographie d’art existe toujours et les photographes auteurs sont souvent des passionnés, ils n’ont jamais été aussi nombreux même s’ils ne vivent pas financièrement de leur passion. C’est ici qu’il faut rechercher les créateurs les plus audacieux, ceux qui sont en avance sur leur époque…

Je souhaiterais aborder la notion de créativité. Quels sont les caractéristiques d’un photographe créatif, comment le reconnaît-on ?

C’est en parcourant le forum Chasseur d’Images que je me suis intéressé à la question de la créativité. Bien que la photographie soit considérée comme un art mineur (seuls sont reconnus comme arts majeurs : la peinture, la sculpture et l’architecture) les processus de création sont proches pour tous les artistes. Les créatifs ont généralement les qualités suivantes, ils :

  • savent observer et analyser ce qui se passe autour d’eux
  • n’ont pas peur de prendre des risques et rebondissent en cas d’échecs
  • sont des rêveurs, et se plaisent à imaginer
  • aiment être seul
  • sont curieux, recherchent de nouvelles expériences et font le lien entre différentes expériences pour en créer de nouvelles
  • n’ont pas d’horaires et rejettent la routine
  • font ce qu’ils aiment, ne travaillent pas sous la contrainte, pour l’argent ou pour la reconnaissance.
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